Guide à l’intention des juges
et des professionnels concernés

Évaluer les consommations d’alcool

L’éthanol est un psychotrope puissant,
Responsable de troubles graves des comportements,
Nous disposons enfin d’un marqueur biologique fiable :

Le phosphatidyléthanol (PEth)

  • Quand l’exiger ?
  • Comment interpréter les résultats dans un contexte judiciaire ?
  • Comment en déduire l’abstinence, la modération l’excès
  • Comment mettre en relation, consommations et risques?

1. Qu’est-ce que le PEth ?

Le phosphatidyléthanol (PEth) est un marqueur sanguin mesuré à partir des globules rouges, qui reflète la consommation d’alcool sur une période de 4 à 6 semaines précédant le prélèvement. Contrairement à d’autres marqueurs comme la CDT, la Gamma GT ou le VGM, le PEth est :

  • Spécifique à 100 % : Il détecte uniquement la consommation d’alcool, sans interférence d’autres substances ou conditions médicales. Cependant, des sources mineures d’éthanol (ex. : vinaigre, bains de bouche alcoolisés, gel hydroalcoolique) peuvent influencer les résultats si elles sont en contact avec l’échantillon ou la peau au moment du prélèvement.
  • Sensible à 100 % : Il détecte même de faibles consommations et permet d’évaluer l’abstinence ou le niveau de consommation.
  • Proportionnel : La concentration de PEth est directement liée à la quantité d’alcool consommée.
  • Prolongé : Avec une demi-vie d’environ 7 jours, le PEth reste détectable pendant 4 à 6 semaines, offrant une fenêtre d’analyse rétrospective.

2. Méthodologie du test

  • Prélèvement : Une goutte de sang (10 µL) est recueillie, souvent via un kit comme l’Alcool Monitor. L’échantillon, une fois sec, conserve les composants nécessaires à l’analyse.
  • Analyse : Effectuée dans le laboratoire expert en toxicologie du CHU de Lille par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS), une méthode précise et fiable.
  • Précautions : Aucun contact avec de l’alcool (gel hydroalcoolique, désinfectant, etc.) ne doit avoir lieu avant ou pendant le prélèvement pour éviter des résultats faussés.

3. Interprétation des résultats

Les résultats du PEth sont exprimés en µg/L, ils évaluent la consommation d’alcool en termes de unités d’alcool (UA) par jour et des risques associés.

Tableau des résultats

PEth en µg /L Consommations (UA) Risques et dommages Interprétation
Non détectable (ND) Aucune consommation depuis ≥ 4 semaines Absents. Abstinence confirmée
ou non-consommateur
Absence de consommation
récente ou très faible.
20 - 100 µg/L ~2 UA/jour, 5 jours/semaine Faibles Consommation modérée, sociale ou occasionnelle. Réflexion sur les habitudes recommandée.
200 à 400 µg /L 3 à 4  UA par jour Modérés Consommation notable, risques accrus pour la santé physique et psychique. Réduction nécessaire.
400 à 1000 µg /L 4 à 6 UA par jour Importants Consommation excessive, risques comportementaux (anxiété, dépression) et physiques élevés. Réduction ou arrêt recommandé.
> 1000 µg /L ≥ 7 UA/jour Très importants Abus d’alcool, situation de crise grave. Risques d’épilepsie ou de délire lors du sevrage. Aide médicale urgente nécessaire.

Remarque : Une unité d’alcool (UA) équivaut à 10 g d’alcool pur (ex. : un verre standard de vin ou de bière).

4. Selon les contextes

La valeur du PEth est toujours proportionnelle à la quantité d’alcool consommée les semaines passées.

L’interprétation du résultat doit s’adapter au contexte :

  1. Les consommations sont stables
  2. L’abstinence est requise
  3. Le contexte juridique

Dans une enquête, le PEth objective les consommations dans une fenêtre de 2 à 6 semaines.

Le PEth est utile pour :

  • Contrôler une injonction d’abstinence
  • Évaluer la crédibilité des déclarations
  • Lier un événement (délit, accident) à un excès d’alcool mesuré dans les semaines suivantes.

1- Les consommations sont stables

Les consommations habituelles peuvent être modérées et à moindre risques ou excessives et à risques,

  • Un peu !
    Une valeur du PEth de 20 à 60 µg/L peut être admise comme à moindre risque, pour une personne en bonne santé, sans antécédent de troubles des comportements. Cette valeur du PEth indique une consommation de l’ordre de 10 à 20 grammes d’éthanol (1 à 2 verres) par jour, pas tous les jours, soit 60 à 80 grammes par semaine).
  • Beaucoup !
    Une valeur du PEth autour de 800 µg/L et davantage, doit être considérée comme risque majeur. La consommation est de l’ordre de 70 à 100 grammes d’éthanol par jour (1 à 1,5 bouteilles de vin), soit 500 à 700 grammes d’éthanol par semaine.

    Ces quantités d’alcool sont souvent considérées par les consommateurs comme habituelles et déclarées comme bien tolérées. L’ivresse, souvent, n’est pas reconnue. Ce sont les phénomènes d’accoutumance et de tolérance qui accompagnent les dénis.

    Dans ces valeurs, les pathologies physiques sont présentes ou latentes. Les troubles des comportements peuvent être masqués, latents. L’alcool en excès est souvent générateur de dépressions, de dévalorisations et de conflits.

    Nous n’utilisons en aucun cas les concepts « alcoolisme » ni « dépendance ». Les usages de l’alcool doivent être mis dans leurs contextes de pathologies psychiques, psychiatriques ou sociales. L’alcool est un problème par la place qu’on lui donne. Le soin, le jugement, s’adressent à l’individu.
  • Excessivement !
    Les consommations ponctuelles excessives (CPE) (binge drinking ). Le seuil de CPE démarre à 60 grammes d’éthanol consommés en 2 heures (1bouteille de vin). Si le CPE commence le vendredi et se termine le dimanche soir, des quantité de 300 à 800 grammes d’éthanol sont possibles (5 pintes de bière forte : 150g d’éthanol- 1 bouteille de whisky : 240g).
    Le PEth mesuré en milieu de semaine donnera une valeur de PEth de l’ordre de 600 à 1000 µg/L (sans consommation depuis lundi).
    Les troubles des comportements lors des consommations ponctuelles excessives sont fréquents, les accidents de la circulation, les actes de violences…
    Le PEth indique le niveau des alcoolisations des jours passés. Si l’usager déclare un épisode très excessif il y a 15 jours (sans consommation depuis), le PEth mesuré à J+15 sera de 400 à 500 µg/L, attestant de l’épisode passé.

2- Situation de sevrage et d’abstinence

La mesure du PEth constitue une preuve d’abstinence et le contraire !
La durée de vie du PEth est de l’ordre de 14 jours,
La demi-vie est de 7 jours,
La durée de détection du PEth est de 28 à 35 jours après arrêt complet des usages de l’alcool.

Interprétation en cas de délit lié à l’alcool
Un taux de PEth positif (compris entre 600 et 4 000 µg/L) mesuré une à deux semaines après un délit avéré ou suspecté commis sous l’emprise de l’alcool, en l’absence de consommation ultérieure, peut être raisonnablement corrélé à l’événement en cause.

Condition Explication
1. PEth Non détecté (< 20 µg/L) Négativité biologique
2. Prélèvement selon besoins 21-35… jours après dernière prise connue Élimination complète
3. Chaîne de prélèvement respectée Fiabilité du prélèvement
4. Absence de consommation médicamenteuse ou alimentaire interférente Rare (ex. : sirops à l’alcool)
Bains de bouche
Vinaigre d’alcool

Preuve d’abstinence : conditions cumulatives

Quand ces conditions sont réunies :

  • Le PEth constitue une preuve biologique objective d’abstinence sur la période couverte.
  • Selon le contexte, les dosages de PEth doivent être refaits toutes 2 à 4 semaines.

Courbe schématique des valeurs du PEth en situation de sevrage :

  • « Sevrage A » l’abstinence est effective
  • « Sevrage B », il y a une consommation à la deuxième semaine, le sevrage est effectif par la suite.

Dans les situations d’abstinence, le PEth est « non-détecté ».

Diminution : demi-vie ≈ 7 jours

  • La valeur est divisée par 2 chaque semaine quand l’arrêt est total.

3- Utilité dans un contexte judiciaire

Divers scénarios judiciaires :

Situation Peth Interprétation
Injonction d’abstinence (ex. : 1 mois) < 20 µg/L à J+30 Preuve d’observance
Sortie de cure, contrôle à J+21 < 10 µg/L Abstinence confirmée
Accusation de consommation malgré démenti > 200 µg/L à J+10 Abstinence infirmée
Prélèvement à J+7 après binge isolé 50–150 µg/L Pas de preuve d’abstinence (résiduel attendu)

Le PEth est un outil objectif pour :

  • Vérifier l’abstinence : Essentiel dans les cas où une personne est tenue de ne pas consommer d’alcool (ex. : probation, suivi médical).
  • Évaluer les risques : Les niveaux élevés de PEth font suspecter des troubles des comportements liés aux consommations.
  • La valeur du PEth est une aide précieuse pour guider les décisions des recommandations judiciaires.
  • Examinez le contexte : L’attention aux concordances consommation /abstinence /temps du prélèvement
  • Interprétez les résultats en fonction des faits, des délits, et des déclarations. Le PEth élevé signifie nécessairement une consommation significative. Un PEth non détectable confirme l’abstinence.
  • Encouragez un suivi médical : Pour les niveaux de PEth ≥ 400 µg/L, orientez la personne vers un professionnel de santé pour un accompagnement (réduction, sevrage, prise en charge psychologique).
  • Sensibilisez à la gravité : Un PEth > 1000 µg/L indique une situation de crise nécessitant une intervention urgente pour éviter des conséquences graves pour la personne (santé, entourage, sécurité).
  • Seule la période rétrospective est couverte,
  • Il n’y a pas de preuve d’abstinence à vie !

5. Conclusion

Le dosage du PEth est un outil disponible, fiable, spécifique et sensible pour évaluer la consommation d’alcool sur une période prolongée. Il offre une base objective pour les décisions judiciaires, permettant de confirmer l’abstinence, d’identifier les consommations à risque ou signaler une situation d’urgence.