Le phosphatidylethanol dans les soins

La mesure du PEth éclaire le niveau des consommations. Cette mesure informe les usages de l’alcool, pour la personne, pour le médecin et si nécessaire pour la Justice.

La mesure du phosphatidylethanol (PEth) évalue les quantités d’alcool consommées pendant les semaines qui précèdent (2 à 6 semaines). C’est une mesure scientifique, spécifique, précise et reproductible.

Jusqu’ici pour connaître l’abstinence ou le niveau de consommation d’une personne nous disposions de ses déclarations, subjectives, aléatoires et d’analyses de marqueurs de maladies biologiques. La CDT est malheureusement ni sensible et ni spécifique.

La précision apportée par la mesure du PEth est un changement de paradigme. Nous utilisons souvent un GPS pour savoir où nous sommes et vers où aller. Pour soigner, nous avons aussi besoin de savoir où nous sommes et vers où aller.

Les premiers risques de l’alcool ne sont pas des maladies, ce sont les troubles des comportements, les violences et les accidents. Ce sont les risques pour la santé sociale, les relations humaines, familiales et la vie professionnelles.

Le PEth apparait dans les membranes des cellules parce que l’éthanol prend la place de l’eau dans la production d’énergie nécessaire aux cellules. Le PEth indique l’action profonde de l’éthanol sur la biologie et ses conséquences, les pathologies possibles, même pour des usages contrôlés.

L’éthanol agit fortement sur les comportements. Troubles psychiques et consommations excessives sont souvent associés, le pôle nord indiqué par le « GPS » n’est pas l’évidence pour tous.

La prévention passe par l’échange d’information sincère. La mesure du PEth évalue les comportements du consommateur pendant les semaines passées. Le PEth ne prédit pas la consommation à venir ! En revanche, le prélèvement suivant dira avec certitude l’existence et le niveau de ces éventuelles consommations.

La mesure biologique fiable des usages de l’alcool crée une base pour informer, prévenir, soigner et juger quand nécessaire.

Pour rappel, le Kit Alcool Monitor permet de prélever simplement (pas de formation médicale requise) une goutte de sang au moment des faits ou les jours qui suivent. Le dispositif permet de conserver à température ambiante l’échantillon pour une analyse ultérieure. Il n’y a pas de limite de conservation. Attention, les contacts avec l’alcool médical peut modifier la mesure et doit être exclu de la peau, et de l’environnement, lors du prélèvement.

Pour votre santé

Vous avez un doute pour votre santé ? Vous avez l’impression de consommer davantage que vous souhaitez ? Vous êtes dans un milieu qui consomme de l’alcool excessivement ?

L’alcool est un psychotrope puissant. L’ivresse modifie les repères essentiels. La mesure du PEth vous renseigne concrètement sur le niveau de vos consommations. La réponse apporte un niveau de risques pour votre santé, les risque physiques, psychiques et sociaux. Les risques peuvent être faibles, ils ne sont jamais nuls.

L’ivresse a deux faces, une que vous percevez et celle perçue par l’entourage. La désinhibition est le premier effet de l’alcool, c’est l’impression « d’être mieux » avec un peu d’alcool. Ce « mieux » est un double piège, piège de la bonne mesure et piège des comportements inadaptés.

Le PEth est un témoin objectif des consommations, une mesure des effets de l’alcool, un chiffre, une balise, pour regarder ce qui vous fait consommer trop. Regarder les étapes d’un long chemin d’habitudes et de pressions à faire évoluer pour consommer à moindre risque, moins ou pas !

Les motivations vous concernent d’abord.

Pour la justice

Dans les situations où l’alcool est supposé responsable de troubles des comportements, quand la justice attend des preuves, la mesure du PEth apporte une réponse concrète.

Conduites en état d’ivresse

Pour les conduites en état d’ivresse, les suspensions de permis de conduire, la mesure du PEth est la seule à apporter une évaluation chiffrée des consommations passées. Le PEth démontrera une abstinence, si elle est réelle, sur 2 à 6 semaines passées.

Par exemple, une consommation isolée de 3 verres (30 g d’éthanol) consommés à 20 h, fera une alcoolémie supérieure à 0,50 à 22h. Le PEth le lendemain sera autour de 100µg/L, 7 jours plus tard, il sera à 50µg/L.

Troubles des comportements

Des consommations excessives peuvent entrainer des violences. L’incapacité à modérer les consommations est fréquente. Dans ces situations peut-on exiger l’abstinence ? Selon le niveau de gravité, des mesures répétées du PEth auront une valeur pédagogique autant que faire se peut. Les contextes psychologiques ou psychiatriques peuvent assombrir les perspectives de soin.

Récidive

Le PEth évalue les consommations ou l’abstinence des semaines passées. Si la personne déclare consommer 2 verres au diner, et ne pas conduire ensuite, le PEth sera inférieur à 100µg/L. Cette personne a eu une suspension de permis de conduire pour une alcoolémie mesurée au bord de la route à 1 gramme (soit 7-10 UA dans la soirée). Le PEth ne prédit pas la récidive ! La personne doit être informée que le prélèvement suivant effectué 5 jours après montrera un PEth à 400µg/L, 12 jours plus tard 200µg/L. Dans cette situation les risques persistent ! Des mesures du PEth toutes les 4 semaines auront une authentique valeur pédagogique.

Alcoolisation ponctuelle

La mesure du PEth sur un prélèvement dans les jours qui suivent témoigne de la présence (ou de l’absence) de consommation au moment des faits et de l’importance de la consommation. Le PEth présent dans les membranes des globules rouges diminue de moitié tous les 7 jours. On en déduit le niveau de la consommation initiale.

Autre exemple, une consommation habituelle de 3 verres (30 g d’éthanol) tous les jours produit un PEth de l’ordre de 200µg/L, et constamment. Pour ce même usager une consommation ponctuelle de 8 verres (80 g d’éthanol), un soir, produira les jours qui suivent un PEth de l’ordre de 600µg/L. 7 jours plus tard, on trouvera le PEth à 300µg/L.

La mesure du PEth distingue une consommation à risques modérés (3UA/j) et une consommation ponctuelle avec des risques importants.

Alcoolisation habituelle, excès ponctuels

Dans les situations de comportements anormaux, la mesure du PEth permet d’évaluer le niveau d’usage de l’éthanol. Des mesures répétées adaptée aux situations à 1, 2 ou 4 semaines sont informatives et éducatives.

Quand il n’y a pas de consommation d’alcool, le PEth revient négatif (non-détectable).

Ces mesures spécifiques et précises modifient radicalement la relation entre les personnes, le soignant et la justice. La mesure du PEth est factuelle. Contrairement aux données biologiques antérieures, il n’y a pas de faux positif ni de faux négatif, cette certitude ne laisse pas de places aux doutes.

Alcoolisation importantes, incidents et accidents fréquents

La mesure du PEth élimine l’asymétrie des compétences face aux comportements anormaux liés à l’alcool, aux violences à la maison, dans la rue et sur la route. L’usager, les soignants, la justice voient un chiffre, une valeur qui exprime les consommations d’alcool potentiellement responsables.

Pour le médecin

Dans votre activité de médecin, pour soigner le diabète vous utilisez l’hémoglobine glyquée, pour soigner certaines maladies virales, vous demandez la mesure de la charge virale. Pour les risques liés à l’alcool, vous contenterez-vous encore de ce que déclarent les patients ? Vous avez remarqué que la CDT était peu sensible, produisant souvent de faux négatifs et parfois faux positifs. VGM et Gamma-GT ne sont pas des marqueurs spécifiques.

La consommation d’alcool n’est pas une maladie ! Les personnes qui vous consultent se disent déprimées ou anxieuses. Vous notez et traitez l’hypertension et dépistez les cancers. Connaissez-vous les relations avec l’alcool du patient qui vient de faire un accident vasculaire ou développe un cancer ? Il vous arrive d’écouter les souffrances de l’entourage d’un proche consommant excessivement. Vous constatez les accidents de travail ou de la circulation.

Faites connaissance avec le phosphatidyléthanol (PEth), marqueur sensible, spécifique et proportionnel des usages de l’alcool. La mesure du PEth vous aidera à poser un diagnostic. L’évidence chiffrée ouvre un dialogue symétrique.

L’alcool (éthanol), psychotrope puissant est socialement valorisé pour ses pouvoirs désinhibiteurs. Pour une personne sur dix, la désinhibition amène des conduites à risques. Une mesure sensible et objective ne laisse pas de place aux dénis.

Comment prendre soin des consommateurs à risques ? La prescription d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques n’est pas conseillée. Le traitement commence par l’attention à la personne, à ses motivations, à ses attentes, à ses inhibions et à son histoire. Ces traitements s’inscrivent dans des temps longs. Les médicaments « addictolytiques » doivent être proposés en demandant aux personnes d’explorer leurs effets. Le patient est le seul expert de sa situation.

Dans la section « soins » nous développons l’approche cognitive éthique.